L’archipel d’une autre vie

16 août 2016

Un roman qui vous laissera une trace longtemps après sa lecture et qui continuera de vous subjuguer. L’archipel d’une autre vie est un conte à l’âme russe qui emporte loin, dans les vastes forêts, presque au bout du monde, vers la mer des Chantars. Le narrateur, une jeune homme étudiant en géodésie propulsé à Tougour, va, par une simple observation, décider de suivre un homme à travers la taïga. Suivre cet inconnu, cet éphèbe ne le sait pas encore, est déjà un pied dans l’histoire de cet homme, Pavel Gartsev. Et par leur inévitable rencontre, nous rentrons dans le passé de ce braconnier qui n’en est pas un. Pavel était un soldat de l’armée russe. Un soldat qui dû un jour partir avec ses compagnons dans une chasse à l’homme, un échappé des camps. J’ai littéralement plongé dans cette histoire haletante et universelle. J’ai ressenti comme Pavel, l’effort de ces longues marches dans les forêts sombres, j’ai aussi été bouleversé lorsque j’ai su la véritable identité du fugitif et, au fur et à mesure du récit, je me suis laissée libérer par la traque pour revenir à la contemplation des grands espaces. Un grand souffle romanesque emporte cette histoire universelle, cette épopée héroïque au bord du Pacifique. Andreï Makine est un magicien qui nous ramène à l’essentiel, la fragile éternité de l’amour. Sur la pointe des pieds et remplie d’émotions, j’ai quitté doucement ces personnages à l’âme slave qui laissent derrière nous leurs sublimes et intemporelles empreintes. à lire absolument.

Minnow

16 août 2016

James E. McTeer II est un jeune auteur et un bibliothécaire qui vit en Caroline du Sud. Il est le petit fils de James E. McTeer I, shérif de son état pendant trente-sept ans mais aussi médecin-sorcier à ses heures perdues. Et cette petite histoire dans la grande histoire de Minnow n’est pas qu’anecdotique. Elle rend hommage à cette filiation et nous prend par la main pour nous transporter dans un conte fabuleux (“a fabulons tale” comme le dit Pat Conroy, rien de moins!). Minnow est donc ce petit gars attachant du Sud qui, pour contrer ce mal étrange qui ronge son père et inquiète sa mère, va trouver le Docteur Crow et lui demander un antidote. Pour réussir à obtenir ce précieux soin, Minnow devra emprunter les îles et les marais de cette étrange contrée, accompagné d’une foi inébranlable en sa quête et d’un chien têtu, pour aller à la rencontre du fantomatique Sorry George. Cette histoire est, à la fois, un conte initiatique, un roman d’aventures et une odyssée fantastique. McTeer nous rapproche du monde étrange de notre enfance, nous fait de nouveau croire à l’Incroyable, coûte que coûte et vaille que vaille. A la fin de son histoire, je n’ai eu qu’une envie, surpasser l’au-delà pour aller serrer dans mes bras mon grand-père et ma babouchka. Et, c’est, je crois, ce qu’a voulu provoquer le maître vaudou McTerr en écrivant son roman et en nous rendant copain comme cochon avec Minnow. Ce livre est donc un petit bijou des terres du Sud, à lire protéger dans votre petit coin pour laisser le charme agir en toute quiétude. Bonne aventure les amis !

Le grand n’importe quoi

16 août 2016

Samedi 7 Juin 2042. 20h42. Jusque là tout va bien?… non pas vraiment : Arthur se rend compte de l’inutilité de sa vie en allant à une soirée costumée blindée de culturistes aux cerveaux aussi remplis qu’une passoire, Lucas, en panne d’inspiration, est dérangé par Marilyn Monroe (homonyme de…) et va s’en mordre les doigts, Angelina, maire du village, est une délinquante à ses heures d’angoisses existentielles perdues, tandis que J-Bob et Francis, tel un choeur antique, déclament leur verve sur l’inutilité du Monde sans alcool et l’abîme intergalactique qui entoure l’humanité. Pendant ce temps là, les extraterrestres débarquent à Gourdiflot-le-Bombé. Voilà, vous mélangez le tout et vous avez, non pas du grand n’importe quoi, mais “LE grand n’importe quoi” made in Erre. Ceci est un roman qui reprend tout – mais alors vraiment tout- les fondamentaux de la science-fiction pour en faire une histoire jubilatoire qui manie l’Absurde, avec un grand A (comme Alain Delon) et vous fera passer une savoureuse soirée déjantée. Ne cherchez pas midi à 20h42, décoincez vos zygomatiques, libérez votre esprit de tout message subliminal et vous passerez un très bon moment. “Enjoy the show” :)

Station Eleven

9 août 2016

La neige tombe sur la ville de Toronto, Arthur Leander, acteur connu et reconnu, s’écroule soudainement en pleine représentation du Roi Lear. Dés cet instant, divers personnages prennent la scène et Emily St-John Mandel articule cet ensemble d’une main de maître. Deux semaines après ce triste évènement, les protagonistes de cette histoire vont connaître le même sort que des milliards d’êtres humains sur Terre: la grippe de Georgie devient pandémie et annonce l’apocalypse. Seuls quelques uns survivront. Entre passé (est-ce à dire notre présent) et présent (est-ce à dire les jours puis les années qui suivirent le virus mortel), nous nous laissons happer par ces personnages et l’atmosphère post-apocalyptique de ce roman. Au fil des pages, nous rejoignons la Symphonie itinérante qui, au milieu du chaos et des vastes espaces qui n’ont plus de nom, convoque l’art du théâtre et la musique de “l’ancien monde”; irrémédiablement cela nous donne à penser sur notre condition humaine. Station Eleven entrelace mémoires et  destins en nous transportant dans une histoire à haut dosage romanesque. -Oh-my-god-i-finally-found-a-great-SF-book-:)

écoutez nos défaites

3 août 2016

“(…) écoutez nos défaites, ils le disent ensemble, avec une sorte de douceur et de volupté, écoutez nos défaites, nous n’étions que des hommes, il ne saurait y avoir de victoire, le désir, juste, jusqu’à l’engloutissement, le désir et la douceur du vent chaud sur la peau.” Un coup de cœur fort et puissant pour ce roman de Laurent Gaudé. J’ai écouté ces défaites, j’y ai surtout lu les destins du général Grant, surnommé “le boucher”, d’Hannibal parti conquérir Rome à dos d’éléphant, d’Hailé Sélassié, descendant des rois Menelik, venu combattre avec ses troupes aux pieds nus, les troupes du “Duce” et du soldat Sullivan qui ne trouve plus de sens, comme si tout était allé trop loin dans ces contrées afghanes. J’y ai vu  la rage, la conquête, le désespoir, la résistance, la hargne, la revanche et la folie. J’ai aussi lu l’histoire d’Assem et Mariam, deux corps solitaires qui se trouvent pour une seule nuit mais savent désormais leurs âmes reliées. J’y ai vu l’amour et le désir. Comme un fil rouge et fragile, Mariam, archéologue irakienne à la recherche des trésors antiques spoliés, relie ces hommes et leurs destins, ce présent et ce passé. “Écoutez nos défaites” est une épopée incroyable, écrite avec un sens aigu du détail et de l’harmonie. Littéralement transportée par ces histoires qui n’en sont qu’une, j’ai tout simplement adoré ce livre qui est à mettre dans toutes les mains. Face au temps qui passe et à l’absurde, lisez ce roman magnifique et flamboyant!

-Parution le 17 Août-

14 Juillet

28 juillet 2016

Coup de cœur pour ce nouvel opus d’Eric Vuillard. Ce roman est une bouffée d’énergie populaire, une série d’évènements qui aboutiront à la victoire du David contre le Goliath. Avec une écriture animée et un grandiose sens de la formule, Vuillard établit ces grandes colères éparpillées aux quatre coins du pays et de Paris, qui aboutiront à la prise de la Bastille. J’ai été littéralement transportée par cette foule qui gagnait petit à petit du terrain sur ces grands du Royaume devenus apeurés. J’ai été, bien loin de la Marseillaise, mais proche de Charles Glaive, papetier, Milou, tabletier, Jean Robert, serrurier, Pauline Léon, femme Julot qui bat le linge ou femme Cotin qui picole au cabaret. Ces petites gens arpentent ce roman ardent et jubilatoire, on ne se lasse de rien, on lit tous ces personnages recueillis sous la plume érudite de Vuillard. Dans ces petites histoires qui écrivent la grande, la flamme révolutionnaire reprend toute sa puissance et c’est jouissif. “On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Elysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, de chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir”. Vuillard nous emporte vers l’insurrection et cela nous fait grandement du bien. 14 Juillet est, sans nul doute, un roman à la fois inclassable et addictif.

Parution le 17 Août.

Voir du pays

22 juillet 2016

La guerre écrite par une femme et dont les protagonistes sont des soldates. Voici un roman qui prend à revers le canevas habituel de ce sujet: la guerre avec les hommes, contre d’autres hommes, écrite par un homme. Là, point de désir de scission de ma part mais la curiosité de lire et de découvrir. Et ce fut la découverte d’une histoire bouleversante et sans compromis. Aurore et Marine reviennent après six mois à se battre en Afghanistan. Minées, déboussolées, vidées. Avec une écriture sincère et sans fioriture, Delphine Coulin nous parle d’elles: de leur amitié, forte, de leur jeunesse, révoltée, de leur désir de voir du pays et de leur arrivée au sein de la Grande Muette. De jeunes filles prêtent à se confronter, elles vont devenir des femmes d’armes confrontées: à la peur, au machisme, aux attaques, à la normalité d’être constamment aux aguets. Puis elles reviennent au pays. Marine, Aurore et leurs camarades stationnent trois jours dans ce sas de décompression qu’est leur hôtel chypriote. C’est le moment du bilan et des révélations. Le roman oscille entre présent et passé proche, et nous découvrons les failles, les secrets et les désillusions. Une histoire âpre qui vous happera dès les premiers instants.

Roman adapté au cinéma, sortie prévue le 7 septembre 2016.

Les petites chaises rouges

20 juillet 2016

Dans le village irlandais de Cloonoila, la vie va paisiblement au milieu des vertes collines. Le pub et l’église sont toujours là pour mettre les villageois en reliance. Il y règne une ambiance de feu de bois, de poésie, de bières avalées goulûment , de prières récitées méthodiquement et de commérages débités facilement. Un jour arrive un homme auréolé de mystère, tel un saint avec sa barbe blanche et sa chevelure immaculée. Il dit se nommer Vladimir Dragan, dire venir du Monténégro et être, tout à la fois, guérisseur, docteur et poète. Fidelma, belle du village mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, va tomber sous le charme magnétique de cet homme. Mais le dénommé Vladimir est arrêté puis démasqué: sa véritable identité est révélée: il est l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Le titre choisi par Edna O’Brien s’éclaire alors, rappelant les 11541 petites chaises rouges installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer les victimes du siège. Le personnage de Dragan est inspiré du génocidaire Radovan Karadzic. La prose éblouissante d’O’Brien éclaire le destin de cette femme, Fidelma, prise dans l’étau de cette société irlandaise conservatrice, qui devra fuir vers Londres pour y vivre honteuse et apeurée, se reconstruisant comme elle le peut. Entre clarté et obscurité, entre poèmes lyriques et scènes crues, entre amour et horreur, Les petites chaises rouges est un roman d’une grande finesse qui raconte la violence d’une société et la culpabilité d’une femme. Intense et flamboyant.

Parution le 08 Septembre 2016

Soyez imprudents les enfants

20 juillet 2016

Atanasia Bartolome, 13 ans, nous parle d’elle, de sa famille, de cette enfance fanée qui explosera de couleurs le jour où elle restera en contemplation devant une toile du peintre Roberto Diaz Uribe au musée de Bilbao. Cette découverte artistique sera, pour Atanasia, une porte ouverte sur le monde, et fera de sa vie une quête. Véronique Ovaldé entraîne son lecteur à travers les branches noueuses et les racines profondes de l’arbre généalogique des Bartolome. Tout son roman oscille entre la recherche compulsive d’Anatasia sur ce peintre qui fit chavirer sa vie, cette quête insatiable du mystère et les histoires de ses ancêtres depuis ce petit village d’Uburuk en 1630. “Soyez imprudents les enfants” est un conte qui vous emporte sur des chemins de traverse, avec pour amer remarquable une Anatasia vibrante et attachante. Voici donc un roman coloré et totalement dépaysant !

Parution le 17 Août 2016

Et la vie nous emportera

20 juillet 2016

Août 1942, état du Minnesota. Nous pénétrons dans la vaste propriété des Washburn, en bordure d’une immense forêt, faisant face à un camp de prisonniers allemands. Le fils prodigue, Frankie, rentre passer un été avant de partir s’engager dans l’armée de l’air. L’air, justement, est chaud, chargé de ces petites tensions qui fragilisent un Tout. Emma, la mère, s’occupe, fébrile, des derniers préparatifs: tout doit être parfait… elle donne des ordres aux jeunes femmes de la communauté indienne, dirige les travaux que doit faire Félix, ce vieil homme de la Réserve…tout doit être parfait… sauf qu’un allemand s’est échappé et cette fuite compromet l’équilibre fragile de ces retrouvailles. David Treuer met remarquablement en place tous les éléments d’un drame, de ces évènements qui ne peuvent s’arrêter et qui entraînent, un par un, tous les personnages de ce passionnant roman au long cours. L’auteur y distille un ambiance particulière, entre domination de l’homme et beauté des grands espaces. Il y sonde l’âme humaine et nous dévoile un roman intense. Et la vie nous emportera… quoiqu’il advienne.

Parution le 17 Août 2016.