Archive pour juillet 2016

14 Juillet

Jeudi 28 juillet 2016

Coup de cœur pour ce nouvel opus d’Eric Vuillard. Ce roman est une bouffée d’énergie populaire, une série d’évènements qui aboutiront à la victoire du David contre le Goliath. Avec une écriture animée et un grandiose sens de la formule, Vuillard établit ces grandes colères éparpillées aux quatre coins du pays et de Paris, qui aboutiront à la prise de la Bastille. J’ai été littéralement transportée par cette foule qui gagnait petit à petit du terrain sur ces grands du Royaume devenus apeurés. J’ai été, bien loin de la Marseillaise, mais proche de Charles Glaive, papetier, Milou, tabletier, Jean Robert, serrurier, Pauline Léon, femme Julot qui bat le linge ou femme Cotin qui picole au cabaret. Ces petites gens arpentent ce roman ardent et jubilatoire, on ne se lasse de rien, on lit tous ces personnages recueillis sous la plume érudite de Vuillard. Dans ces petites histoires qui écrivent la grande, la flamme révolutionnaire reprend toute sa puissance et c’est jouissif. “On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans le prévoir, tout foutre par-dessus bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Elysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, de chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir”. Vuillard nous emporte vers l’insurrection et cela nous fait grandement du bien. 14 Juillet est, sans nul doute, un roman à la fois inclassable et addictif.

Parution le 17 Août.

Voir du pays

Vendredi 22 juillet 2016

La guerre écrite par une femme et dont les protagonistes sont des soldates. Voici un roman qui prend à revers le canevas habituel de ce sujet: la guerre avec les hommes, contre d’autres hommes, écrite par un homme. Là, point de désir de scission de ma part mais la curiosité de lire et de découvrir. Et ce fut la découverte d’une histoire bouleversante et sans compromis. Aurore et Marine reviennent après six mois à se battre en Afghanistan. Minées, déboussolées, vidées. Avec une écriture sincère et sans fioriture, Delphine Coulin nous parle d’elles: de leur amitié, forte, de leur jeunesse, révoltée, de leur désir de voir du pays et de leur arrivée au sein de la Grande Muette. De jeunes filles prêtent à se confronter, elles vont devenir des femmes d’armes confrontées: à la peur, au machisme, aux attaques, à la normalité d’être constamment aux aguets. Puis elles reviennent au pays. Marine, Aurore et leurs camarades stationnent trois jours dans ce sas de décompression qu’est leur hôtel chypriote. C’est le moment du bilan et des révélations. Le roman oscille entre présent et passé proche, et nous découvrons les failles, les secrets et les désillusions. Une histoire âpre qui vous happera dès les premiers instants.

Roman adapté au cinéma, sortie prévue le 7 septembre 2016.

Les petites chaises rouges

Mercredi 20 juillet 2016

Dans le village irlandais de Cloonoila, la vie va paisiblement au milieu des vertes collines. Le pub et l’église sont toujours là pour mettre les villageois en reliance. Il y règne une ambiance de feu de bois, de poésie, de bières avalées goulûment , de prières récitées méthodiquement et de commérages débités facilement. Un jour arrive un homme auréolé de mystère, tel un saint avec sa barbe blanche et sa chevelure immaculée. Il dit se nommer Vladimir Dragan, dire venir du Monténégro et être, tout à la fois, guérisseur, docteur et poète. Fidelma, belle du village mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, va tomber sous le charme magnétique de cet homme. Mais le dénommé Vladimir est arrêté puis démasqué: sa véritable identité est révélée: il est l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Le titre choisi par Edna O’Brien s’éclaire alors, rappelant les 11541 petites chaises rouges installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer les victimes du siège. Le personnage de Dragan est inspiré du génocidaire Radovan Karadzic. La prose éblouissante d’O’Brien éclaire le destin de cette femme, Fidelma, prise dans l’étau de cette société irlandaise conservatrice, qui devra fuir vers Londres pour y vivre honteuse et apeurée, se reconstruisant comme elle le peut. Entre clarté et obscurité, entre poèmes lyriques et scènes crues, entre amour et horreur, Les petites chaises rouges est un roman d’une grande finesse qui raconte la violence d’une société et la culpabilité d’une femme. Intense et flamboyant.

Parution le 08 Septembre 2016

Soyez imprudents les enfants

Mercredi 20 juillet 2016

Atanasia Bartolome, 13 ans, nous parle d’elle, de sa famille, de cette enfance fanée qui explosera de couleurs le jour où elle restera en contemplation devant une toile du peintre Roberto Diaz Uribe au musée de Bilbao. Cette découverte artistique sera, pour Atanasia, une porte ouverte sur le monde, et fera de sa vie une quête. Véronique Ovaldé entraîne son lecteur à travers les branches noueuses et les racines profondes de l’arbre généalogique des Bartolome. Tout son roman oscille entre la recherche compulsive d’Anatasia sur ce peintre qui fit chavirer sa vie, cette quête insatiable du mystère et les histoires de ses ancêtres depuis ce petit village d’Uburuk en 1630. “Soyez imprudents les enfants” est un conte qui vous emporte sur des chemins de traverse, avec pour amer remarquable une Anatasia vibrante et attachante. Voici donc un roman coloré et totalement dépaysant !

Parution le 17 Août 2016

Et la vie nous emportera

Mercredi 20 juillet 2016

Août 1942, état du Minnesota. Nous pénétrons dans la vaste propriété des Washburn, en bordure d’une immense forêt, faisant face à un camp de prisonniers allemands. Le fils prodigue, Frankie, rentre passer un été avant de partir s’engager dans l’armée de l’air. L’air, justement, est chaud, chargé de ces petites tensions qui fragilisent un Tout. Emma, la mère, s’occupe, fébrile, des derniers préparatifs: tout doit être parfait… elle donne des ordres aux jeunes femmes de la communauté indienne, dirige les travaux que doit faire Félix, ce vieil homme de la Réserve…tout doit être parfait… sauf qu’un allemand s’est échappé et cette fuite compromet l’équilibre fragile de ces retrouvailles. David Treuer met remarquablement en place tous les éléments d’un drame, de ces évènements qui ne peuvent s’arrêter et qui entraînent, un par un, tous les personnages de ce passionnant roman au long cours. L’auteur y distille un ambiance particulière, entre domination de l’homme et beauté des grands espaces. Il y sonde l’âme humaine et nous dévoile un roman intense. Et la vie nous emportera… quoiqu’il advienne.

Parution le 17 Août 2016.

La valse des arbres et du ciel

Mercredi 20 juillet 2016

Marguerite Gachet, fille du “fameux” docteur-mécène, revient sur un évènement qui a marqué sa vie, ce “temps-capsule” de l’été 1890 à Auvers-sur-Oise. Il s’agit de sa rencontre amoureuse avec un certain Vincent Van Gogh. Au sein d’une construction atypique, car ici point de chapitre mais des anecdotes tirées de la vie sociale, et artistique, de cette même année qui ponctuent l’évolution du roman, Jean-Michel Guenassia, par l’entremise de Marguerite, nous interroge: quelle était la véritable personnalité du docteur Gachet ? qui est vraiment cette femme qui nous raconte son histoire d’amour? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé? Et si et si… voilà toute une histoire qui s’ouvre à nous et, telle une intrigue, nous voyons un paysage nouveau s’ouvrir à nos yeux ébahis. Grâce à ses multiples recherches, Guenassia retrace ce moment unique et précis et trouve des réponses à ce roman palpitant où l’on ressent, avec force, les caractères des divers personnages et leur placement sur le grand échiquier qu’est le monde de l’art. Bref, lisez La valse des arbres et du ciel dare-dare! ;) (huhu, c’est facile, je saiiiiiissss.)

Parution le 17 Août 2016

La succession

Mercredi 20 juillet 2016

Paul Katralis est joueur de cesta punta à Miami. Il joue par passion et il a fait ce choix de vie, lui, issu d’une famille de médecins d’un bord, les Katralis, et d’une mère experte en horlogerie, les Gallieni de l’autre bord. Et un jour, la vie de Paul bascule: un appel du Consulat lui annonce la mort du père.  Adrian, cet homme apparemment insensible, a décidé de mettre étrangement fin à ses jours. Tout comme la mère, quelques années plus tôt. Avec avidité nous rentrons dans cette tragédie aux accents grecs où Jean-Paul Dubois nous entraîne dans la destinée de Paul, entre Toulouse, le pays basque et la Floride des expatriés. L’homme nous délivre à la fois l’histoire de sa famille et son histoire intime, faites de souvenirs, de mystères et de nostalgie. Avec une grande élégance, l’auteur nous transporte au sein d’une dynastie où le personnage, attachant et sensible, nous pose la question de la répétition du destin. Un vrai plaisir de lecture!

Parution le 18 Août 2016