Archive pour octobre 2016

Dans la forêt

Mercredi 19 octobre 2016

Vous dire d’abord que lorsque j’ai refermé cet ouvrage , j’ai aussi fermé les yeux et versé ma larme. Pas une larme de tristesse, une larme d’intense émotion plutôt. “Dans la forêt” est un écrin dans lequel il est nécessaire de se perdre. Nellie (Nell) et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Petit à petit, l’électricité ne revient plus, les provisions se font rare, le réseau téléphonique reste aux abonnés absents, les nouvelles du monde s’éparpillent et passent par le colportage de rumeurs (grippes, guerres…), les animaux sauvages et la sauvagerie des hommes font leur apparition. Jean Hegland signe un roman d’anticipation magistral qui touche à la fragilité humaine, à notre histoire commune, à l’absurdité d’un système et au réapprentissage de nos inépuisables richesses. Avec Nell et Eva, nous repartons au sein d’une nouvelle vie. Nell, passionnée de recherches, a pour ambition d’intégrer la prestigieuse université d’Harvard. Elle sera rapidement obligée de se plonger dans d’autres univers et de quitter sa zone de confort. Eva, danseuse passionnée, ira au bout  de son art et devra quitter cette existence, qui lui donnait un sens, pour exister elle, totalement. Au-delà de la clairière, la forêt les entoure, présence sombre et hostile. Mais si elles remontent à leur enfance, elles se souviennent: de la “Souche”, de cet endroit où elles pénétraient, alcôve de leurs histoires et de leurs jeux. Faudrait-il revenir à cet instinct primal pour se refaire confiance et aimer, de nouveau, cette forêt, source d’apprentissages ancestraux et gardienne de cette paix nue et sauvage?. “Dans la forêt” est un roman magnifique qui fait s’envoler nos connaissances encyclopédiques et nous réapprend l’essentiel du Grand Tout. Si il y a 1 livre à acheter en Janvier 2017, ce serait celui-là, indéniablement.

Petit pays

Mercredi 19 octobre 2016

Gabriel, dit Gaby, est un p’tit gars métisse, papa à l’allure viking mais un charme tout jurassien tandis que maman est une vraie beauté rwandaise. Gaby vit sa vie au Burundi dans le quartier protégé de Bujumbura. Mais la famille se disloque rapidement,et les copains, bien sûr,sont toujours là, à faire les 400 coups. Avec une écriture rythmée et colorée, Gaël Faye nous entraîne dans ce roman fort et émouvant. Gaby est là, proche de nous, de ses aventures de gamin dans le quartier des expat’, de ses rencontres avec les amis, de sa famille agrandie avec les employés de la maison, Calixte, Donatien, Innocent, de sa frangine douce et complice Ana, de la distraite Madame Economopoulos, et les visites à la famille rwandaise maternelle. Un joyeux mélange des genres qui nous donne le sourire et nous attache rapidement, “les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les jacarandas en fleur.” Puis arrive l’année 1994, quand la radio RTLM commence à parler de “l’extermination des cafards”… L’enfance s’étiole, l’écriture se resserre, le cœur palpite trop vite: la violence, l’incompréhension, l’abandon, la peur, la dislocation de Tout. Petit pays est un roman sur l’insouciance et le chaos, l’enfance et l’exil, les regrets et le pardon. Petit pays est une intense histoire, à lire absolument.

Les pleurs du vent

Mercredi 19 octobre 2016

J’avais déjà été enchantée par ses nouvelles dans son recueil “L’âme de Kotaro qui contemplait la mer“, entre fantastique et univers traditionnel japonais, et là, j’ai été toute aussi transportée par ce roman à la fois sombre et fragile: “Les pleurs du vent“. Des enfants jouent sur la falaise d’Okinawa. Au milieu d’eux, Akira, un jeune garçon casse-cou, va, par défi, plonger dans les lianes et les liserons, pour toucher ce crâne blanc immaculé qui produit ce son si étrange et envoûtant. Une croyance populaire entoure ce sanctuaire et nous, lecteurs, découvrons aussi l’histoire de Seikichi, père d’Akira, qui, un jour, vola un stylo doré sur la cadavre d’un soldat, mort d’une balle dans la tête durant la guerre contre les États-Unis. Avec un sens de la formule et un univers conté marqué, Medoruma Shun nous vient sous la forme d’un journaliste qui tient à mettre en lumière ce crâne chantant d’Okinawa. La mémoire, l’histoire et le sacré entourant ce roman hypnotique qui englobe père et fils, passé et présent, légende et vérité, guerre et souvenirs. Un petit bijou de chez Zulma qui vous laissera une empreinte particulière.

Laëtitia ou la fin des hommes

Mercredi 19 octobre 2016

« Dans la nuit du 18 au 19 Janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. » Quand j’ai commencé à lire la quatrième de couverture de Laëtitia d’Ivan Jablonka, je me suis sentie distante comme pour me protéger d’un trop-plein d’informations sordides et macabres. C’était sans compter le véritable talent de l’auteur. Nous sommes à la fois projetés dans un essai socio-politique, un récit, un polar, une sensible oraison. Et nous sommes avec Laëtitia, dans son destin marqué par des troubles affectifs répétitifs. Mais Laëtitia est une battante qui cherche, avec sa jumelle, Jessica, à s’intégrer, à faire et à prendre sa place. Ivan Jablonka nous entraîne jour après jour dans cette enquête et alterne son récit avec des recherches historiquo-sociologiques pertinentes -et hyper intéressantes- avec ce qui devient, beaucoup trop rapidement, « l’affaire Laëtitia ». Jablonka est un auteur engagé et on peut dire que sa littérature documentaire est devenue littérature rédemptrice:  il refait une place à l’enfant, à l’ado puis à la jeune fille séduisante que fut Laëtitia Perrais. « Laëtitia » est un « roman hors norme » dans tous les sens du terme, car l’auteur n’écrit pas que le drame, il s’investit beaucoup plus loin que cela et c’est là qu’est l’intérêt fort de toute l’histoire. Un vrai tour de force pour ce roman fort et incarné.