Cet été là

J’aime souvent comparer la couverture originale et celle choisit pour le marché français. L’éditeur américain a préféré cette boucle de cheveux blonds sur un fond bleu virginal qui fait se dire: années 60, ère Kennedy, ciel doux, air frais, vacances d’été. Tandis que l’éditeur français a choisi ce vélo rouge sur fond vert forêt: plus d’angoisse, idée du passé, sentiment d’abandon et de temps qui passe, inexorablement. Bon, et bien, retournez vos manches de lecteur, cet ouvrage est plus qu’un polar! Cet été là est un roman noir à la psychologie effrayante et à la construction démente. J’ai lu qu’on comparait Lee Martin à “un marionnettiste machiavélique“, et c’est le cas. Le 5 Juillet, ère Kennedy de l’Amérique sûre de ses charmes, une jeune fille, Katie Mackey, neuf ans, disparaît. C’était il y a trente ans. Et des personnages se souviennent. Henry Dees (bon, vous ne le saviez pas mister Lee Martin mais j’ai dû me dégager du visage de notre franco-français Henry Dès… voui, ça fait tâche dans l’univers noir mais j’ai les références que je veux :) . Bref! : Henry Dees était un professeur solitaire qui a aimé cette Katie fort Jolie, qui sentait si bon. Il y a aussi Gilley, le grand frère de l’innocente Katie qui l’a obligé à rendre ses livres à la bibliothèque d’où elle n’est jamais revenue. Puis il y a Clare, veuve rachitique et effacée qui a retrouvé l’amour, comme si elle était l’héroïne d’un roman de Danielle Steel. Clare est en amour de l’étrange Raymond R. qui aime tant se mêler d’un peu tout. Lee Martin met aussi en parole cette bourgade de Gooseneck où, par la vision générale des habitants, redonne une vue d’ensemble à cette narration polyphonique. Au fur et à mesure de la lecture, vous verrez ces apparences qui se lézardent, la manipulation qui se fait jour, la détresse qui prend à la gorge, le besoin d’amour désespéré. Alors il reste ce vélo rouge tordu et cette petite mèche de cheveux. J’ai avancé dans cette histoire, j’ai retracé ces jours qui ont suivis la disparition et me suis laissée aller au jeu psychologique de ce diablement bon professeur de littérature, monsieur Lee Martin. L’auteur ne laisse rien au hasard dans cette tragédie des illusions perdues. Cet été là déchire l’âme humaine et laisse des traces… il ne peut en être autrement.

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