Sous les lunes de Jupiter

Un roman comme un voyage au long cours, avec pour destination une ville imaginaire du Golfe du Bengale: Jarmuli. Nous voilà projetés, tout comme Nomi, notre héroïne, dans un autre espace-temps où se bousculent, pêle-mêle, souvenirs, saris rougeoyants, traumatismes, senteurs d’Ailleurs, spiritualité, violences faites aux femmes et résilience. Sous les lunes de Jupiter est une histoire foisonnante. J’avais l’impression de me retrouver projetée dans la fureur citadine indienne, à observer les divers personnages, satellites de l’étrange planète Nomi. Elle est cette jeune femme adoptée en Norvège, qui a grandit dans ce pays, loin de ses racines, hantée par les images de sa jeune et bouleversante vie. Nomi retourne sur les traces de ce passé avec, pour passe-muraille, le tournage d’un documentaire. Sept personnages occupent son espace de résilience et nous entraînent dans un ballet où chacune et chacun essaie d’oublier son passé et se libérer de sa propre vie. Il y a Gouri, Vidya et Latika, trois vieilles dames en goguette, Suraj, le photographe alcoolique qui accompagne Nomi dans son reportage, Badal qui rêve d’une autre vie et Johnny Toppo, lien entre ces personnages, chantant la vie tel un clochard céleste. La toile est tendue, s’y projette alors les destins, les liens troublants et l’implacable Guruyi, gourou pédophile d’un ancien ashram. Anuradha Roy nous projette dans une vision chaotique du monde. J’ai parfois eu l’impression d’être en rêve et réalité, me perdant dans le dédale d’un vieux temple ou le long du bord de mer, entraînée par les fantômes de tous ces personnages. L’auteure a construit des hommes et des femmes complexes qui cherchent leur chemin vers plus de sérénité, en paix face à leurs peurs et leurs démons. Tout reste fragile, telle une brume nous enveloppant. Sous les lunes de Jupiter est un roman mordant et tournoyant qui laisse une impression hypnotique.

Traduction française: Myriam Bellehigue.

Laisser une réponse