Rédemption

Sous un soleil accablant, le goudron chauffe et les esprits s’échauffent. Tout d’abord, Rédemption est une histoire qui convoque des images et possède une forte âme cinématographique. Dès la première description: “Le chant des criquets, aussi entêtant que la chaleur de la nuit, déferle sur le jardin en vagues irrégulières venant se briser sous le porche. Un ressac qui rythme les étés.”, j’ai pensé à une scène du film Sur la route où Meryl Streep déboutonne sa robe, dos à nous, pour faire passer dans l’obscurité, le souffle chaud de la brise estivale. Une scène sans parole, toute en retenue, qui décrit pourtant tant de choses. Là aussi est le talent de Vanessa Ronan. J’y ai inscrit, dans cette image, le personnage de Lizzie, femme seule vivant dans une ferme isolée du Texas, en compagnie de ses deux filles: Katie, l’aînée, amoureuse et méfiante, et Joanne, la cadette sensible et sincère. Ronan nous plonge dans cette atmosphère, couleur jaune paille, où la chaleur étouffante s’emparera rapidement de vous, si puissantes et hypnotiques sont les descriptions du lieu. Non loin de cette gynécée, le monde brutal de la communauté des Hommes: celle des préjugés, des commérages. Car Jasper, frère de Lizzie, sort après dix années passées en prison, pour rejoindre la ferme familiale. L’auteure n’en fait ni trop, ni trop peu, un juste dosage où, au fil des pages, s’insinue la haine, implacable. Jasper est un homme étrange, blessé, pris d’une violence sourde et voulant, malgré tout, revenir en paix. Mais un “monstre” mérite-t-il cette paix dans cette petite communauté blanche, armée et sûre de sa “bonne conscience”?. Et nous, lecteur, pouvons-nous éprouver de la mansuétude pour cet homme ? N’éprouvons-nous pas aussi de la rage ou du dégoût ?. Les idées de la rédemption et du pardon sont à chaque page présente et Ronan fait de Joanne le fil interrogateur et innocent de toute cette histoire. La famille Curtis cherche sa nouvelle peau, cherche à enlever la mue douloureuse de ce mystérieux passé. Le peuvent-ils, manipulés et usés par le regard des Autres ?. Vanessa Ronan nous transporte dans un roman noir hypnotique, d’une violence sourde et implacable. Rédemption vous laisse le regard vague et le geste en suspension. C’est un roman qui caresse l’univers d’une Harper Lee ou d’un Cormac McCarthy, vous comprendrez donc que Rédemption ne peut vous laisser indemne. Une histoire à lire résolument, traduit avec talent par Alexandre Lasalle.

Laisser une réponse